Thursday, 5 October 2017

TALAL HAIDAR: TROIS POÈMES TRADUITS







TALAL HAIDAR, LA DÉFLAGRATION SURRÉALISTE DU CHANT BÉDOUIN
TROIS POÈMES TRADUITS DE L'ARABE
1.

Si j'avais un coursier 
Je resterais en haut 
Mais tu n'as qu'à m'appeler 
Pour descendre à mon ombre 
O fille du berger
Cette mort me fait face
Fermez avec moi les portes 
Le vent du nord arrive 
Certains disent il a été tué
D'autres il est mort
D'autres il a ouvert les ténèbres de son ombre 
Et s'y est glissé

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2.

Ils sont seuls à rester comme les fleurs du sureau 
Seuls à cueillir les feuilles du temps 
Ils ont clos la forêt
continuent comme la pluie à frapper à ma porte
Ô temps Herbe vagabonde sur les murs 
Tu illumines  et la nuit  à ma lettre répond
Le colombier est haut et fortifié 
les colombes se sont échappées 
et solitaire solitaire  suis demeuré 
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3.

Je t'ai comparée à cette plaine 
À ces alvéoles de miel lentement façonnées par les abeilles 
À toi même 
À l'âge qui te suit ramassant ton ombre 
Ton visage est comme le temps quand il est beau 
Vertigineux sans être ivre 
Comme la pluie 
Tombant sur juin 
Je t'ai comparée à l'arc en ciel 
Venant sur le Liban 
Ton visage et  monte le Nil
L'Égypte est immergée 



UNE TOILE D’ARAIGNÉE CAPTIVANTE ET ÉPANOUISSANTE







Dorian Astor (direction): Dictionnaire Nietzsche, Bouquins Robert Laffont, 2017, 992 pp.
« Il n’est aucun mot du langage employé par Nietzsche dont il ne se soit emparé pour lui conférer un sens singulier ou l’inscrire dans une constellation inédite »
          On ne se lasse pas de lire dans ce dictionnaire sérieux, à peine a-t-on terminé un article qu’une entrée, inattendue ou alléchante, vous accroche. Nietzsche y est certes pour l’essentiel, mais les approches, aussi enrichissantes que rigoureuses et bien conduites, sont là pour compléter vos connaissances ou les améliorer, pour corriger bien des idées reçues, pour approfondir une bonne part des questions, sinon toutes, et surtout pour déplier l’homme, le philosophe, l’écrivain… en ses multiples sinuosités ouvrant toujours sur lui et à partir de lui de généreuses perspectives. Disons le d’emblée : l’ouvrage a retenu les leçons du penseur et a réussi à les illustrer, les prolonger, les lui retourner.
          Ce dictionnaire de près de mille pages regroupe plus de quatre cents entrées rédigées par plus de trente auteurs « parmi les meilleurs spécialistes internationaux des études nietzschéennes », des Français surtout, mais aussi des Italiens, des Allemands, des Britanniques, des Brésiliens, des Canadiens…De style et d’horizons différents, aucun  ne semble manquer de ce que l’auteur d’Ecce Homo appelle « cet art du filigrane » et « ce doigté pour les nuances ». Les entrées sont diverses.  On y trouve tous les livres de Nietzsche restitués dans leurs contextes, comparés et pertinemment saisis. On n’ose nommer compléments, en raison de leur importance, les articles sur les Nachlass, fragments posthumes formés de carnets et feuilles éparses couvrant une période allant de l’enfance à l’effondrement mental (Janvier 1889) et non intégrés dans les précédents, journal intime et laboratoire d’une vie intellectuelle en fermentation permanente avec ses rythmes, ses rencontres, ses ruptures; ceux sur l’histoire éditoriale mouvementée des œuvres depuis celle de 1892-1913 « tronquée et falsifiée » par sa sœur Elisabeth Förster-Nietzsche, en particulier le volume intitulé La Volonté de puissance (1901),  jusqu’à celle qui se poursuit de Colli et Montinari (après leur disparition), enrichie de plus de 1500 pages de fragments inédits, et qui a résolu de façon définitive le problème de la compilation arbitraire et systématique 1conçue à partir d’un des innombrables plans esquissés par le philosophe, en replaçant les textes dans leur ordre chronologique et contextuel ; ceux sur sa Bibliothèque (20 000 pages annotées ou soulignées).  
          A coté des œuvres, on trouvera parmi les noms communs, les concepts nietzschéens majeurs (VP, Eternel retour, Nihilisme, Surhumain, Dernier homme,  Dieu est mort, Généalogie, Tragique, Valeur…),  ceux plus traditionnels de la philosophie (Concept, Causalité, Erreur, Liberté…)  de l’histoire et de la politique (Révolution française, libéralisme, socialisme), de la psychologie (Mémoire et oubli, Pulsion, Pudeur, Joie …),  des sciences, de l’esthétique (Musique, style, danse), du droit, de la vie quotidienne, des métaphores… « Il n’est aucun mot du langage employé par Nietzsche dont il ne se soit emparé pour lui conférer un sens singulier ou l’inscrire dans une constellation inédite », écrit Dorian Astor. Les noms propres regroupent de nombreuses catégories : les contemporains proches ou lointains, parents, amis ou adversaires ; les philosophes (des présocratiques à Hegel en passant par Spinoza, Leibnitz, Kant [a-t-il lu une de ses œuvres ?!], Emerson), législateurs religieux (Moïse, Paul de Tarse, Luther),  artistes (Tragiques grecs, Pindare, Bach, Mozart, Beethoven, Hölderlin, Stendhal, Baudelaire…), politiques (Frédéric II, Napoléon, Bismarck)… cela pour ne pas mentionner les figures, mythiques ou réelles, qui jouent un rôle capital et permanent dans sa pensée, positif ou négatif, ou se renversant et que Deleuze a appelés des « personnages conceptuels » :  Wagner, Schopenhauer, Socrate, Jésus, Voltaire, Goethe, Dionysos, Ariane, Carmen…Aux  précédents, le Dictionnaire a voulu adjoindre la postériorité de Nietzsche, ceux qui lui ont consacré les ouvrages les plus importants (Heidegger, Fink, Deleuze, Granier…), ceux dont l’œuvre dialogue peu ou prou, avec la sienne (Bergson, Psychanalyse, Lukács, Jaspers, W. Benjamin, Ecole de Francfort, Foucault, Derrida…) Cette séparation n’est évidemment pas hermétique : l’article Heidegger (signé F. de Salies) montre que ce dernier s’approprie Nietzsche avant d’affirmer avoir été « fichu en l’air » par lui : « Véritables frères ennemis de la philosophie, ils partagent un antiplatonisme et un athéisme féroces, sont tous deux critiques de cette modernité tout enorgueillie d’elle-même à laquelle ils entendent opposer une manière de penser autrement… »
          On trouve aussi, dans la catégorie des noms propres, des « lieux conceptuels » : Gênes, Turin, Sils-Maria, Nice, Bayreuth, Venise… Avec d’autres entrées comme Musique de Nietzsche, Poésie…ou celles consacrées à Lou, Paul Rée, Overbeck, Cosima…nous  approchons mieux l’intimité de l’individu et décryptons sensuellement son itinéraire intellectuel.
          Enumérer les précisions, révisions, liens,  nuances, qu’un lecteur familier de l’œuvre de Nietzsche tire de ce Dictionnaire  plaiderait déjà pour sa nécessaire et continuelle consultation. Son principal apport demeure ailleurs. Il est dans la fidélité à l’élaboration d’une « toile d’araignée », métaphore chère (avec le « labyrinthe »), pour caractériser  la connaissance chez Nietzsche.  Elle est capable tout à la fois de refuser « la volonté de système [qui] est un manque d’intégrité », et de retenir la rigueur, « la prudence, la patience, la finesse ». Abandonner la vérité pour l’interprétation, tout en défendant le perspectivisme contre le subjectivisme, le relativisme, la facilité, l’immoralisme brutal,  est une gageure rendue seulement possible par l’attachement à des principes philologiques et philosophiques. « Nietzsche ne prétend pas révéler ‘l’essence’ de la réalité, ni dévoiler la ‘vérité’ à son sujet…elle est la construction philologique d’une lecture -non pas la seule possible, mais peut-être la plus rigoureuse et la plus probe- dont la pertinence est soumise à un ensemble de contre-épreuves et de vérifications à mener. » (P. Wotling)

          Les parcours du Dictionnaire, intense et rigoureux, demeurent d’un indéniable entrain. La conception du philosophe « médecin de la culture », soucieux de favoriser l’épanouissement et l’intensification de la vie humaine, n’y est certainement pas étrangère.      

Thursday, 7 September 2017

LA QUEUE DE LA RENAISSANCE







BRONZINO: VENUS ET CUPIDON
Dominique Fernandez: La Société du mystère, roman florentin, Grasset, 2017, 608pp.
          En 1564, à 88 ans, mourait Michel-Ange. Un grand créateur disparaissait sonnant la fin d’une époque. C’est à ses funérailles qu’est consacré  l’un des derniers chapitres du roman florentin de Dominique Fernandez, volumineux ouvrage écrit à l’âge où  décédait l’artiste. (Souhaitons à l’écrivain, né en 1929, encore bien des années de voyages, d’érudition, de contemplation, de réalisations et de gaieté !) L’auteur de Moïse a hissé la création artistique qu’il a illustrée dans l’architecture, la sculpture, la peinture et la poésie à un rang social majeur. « Jamais pompe n’égala en splendeur l’appareil des funérailles. »
           La Société du mystère ne couvre pas toute la Renaissance florentine bien qu’il lui arrive d’élargir son domaine quant à l’histoire comme à la géographie. Le roman s’attache à sa quatrième génération, et de quel attachement ! Le premier âge est celui de l’éveil « au sortir de la barbarie gothique » (Giotto…) ; le deuxième, essentiellement le quattrocento, celui de la maturité (P. Uccello, Fra Angelico, Piero…) ; le troisième celui de la perfection (Botticelli, Léonard, Michel-Ange, Raphaël).  Le quatrième est celui des maniéristes. S’agit-il de peintres dans la maniera de la chapelle Sixtine, de simples épigones ? S’agit-il d’une décadence comme le soutient Vasari dans ses Vies (1568) ? S’agit-il d’une « crise » qui, comme l’affirmera A. Chastel, cherche à outrepasser « l’ordre, l’équilibre, la raison » ? Ne serait-ce pas plutôt une recréation du monde et une réinvention de la peinture tordant les anatomies, donnant  d’autres intensités aux couleurs, peuplant les œuvres de représentations bizarres, brisant l’accord entre l’homme et l’univers, mettant en cause l’idée même d’homme et de Dieu? « La virtuosité sans défaut de Titien, l’élégance de Botticelli, la sérénité de Raphaël, [Pontormo] les avait tournées en dérision. A la place de ces manières aisées et gracieuses, rien que des lignes instables, des contours flous, des figures grimaçantes. »



JACOBO PONTORMO: DECOR POUR UN APPARTEMENT PAPAL

          Son roman, Fernandez  le bâtit essentiellement à partir du journal, prétendument  retrouvé chez un bouquiniste, d’un peintre de cette ultime génération, Agnolo Bronzino (1503-1572), disciple et cadet de 9 ans du Pontormo (Jacopo Carucci 1494-1557), et ami/ amant de Sandro Allori (1535-1607) et de Benvenuto Cellini (1500-1571). Mais il puise aussi dans les mémoires de ce dernier comme dans des papiers fictifs du premier. Les destins de Rosso et de Parmigianino ont également droit au chapitre. Le romancier narre le fond social, trace les carrières, raconte des histoires grivoises dignes de Boccaccio, et surtout décrypte les peintures. Les fresques, dessins et tableaux à consulter pour s’orienter dans l’oeuvre sont très nombreux et le lecteur tantôt regrette de ne pas avoir entre les mains un livre luxueux et abondamment illustré, tantôt loue la magie du moteur de recherche Google. Mais le jeu vaut bien des chandelles.


PARMIGIANINO: AUTOPORTRAIT AU MIROIR CONVEXE 

          La société florentine met la beauté au dessus de la morale et de la religion, mais est régie sous les Médicis par des lois sévères. Eprouvés par la peste, par le gouvernement de Savonarole, par le retour de ses maîtres anciens, les habitants de la fleur des cités, comme le montre l’œuvre de Bronzino, partagée entre l’effusion et le conformisme, parviennent toujours à réconcilier la hardiesse de Cellini et la prudence de Machiavel. Mais à l’heure des schismes de Suisse, d’Allemagne et d’Angleterre, et du Sac de Rome par les armées de Charles Quint qui n’a rien épargné dans la ville éternelle, une vision sereine et équilibrée de l’univers a pris fin en Italie.
          Outre l’amour de l’art et étroitement lié à lui, le ressort principal du roman de Fernandez est ce qu’on nommait dans la cité du lys « le vice infâme » toléré seulement quand il était caché et sévèrement puni. Il réunit, en un pacte confidentiel où le rejoignent les audaces esthétiques et les poussées de dissidence religieuse, cette « société du mystère ».  L’exaltation du corps viril, du beau masculin, de leurs organes de jouissance, sert aux peintres d’expression artistique. L’auteur évoque même « la grande et mystérieuse famille de la queue ». Sans la censure, le rigorisme, la bigoterie, la surveillance familiale, la peur des peines et des récriminations, les stratégies maniéristes auraient-elles inventé mille stratagèmes pour se dévoiler sur la toile ? Honneur soit dû à cette quatrième génération, queue de la Renaissance annonciatrice de bien des audaces de l’histoire de l’art ! 



ROSSO : MORT D'ADONIS 
       
           



Thursday, 3 August 2017

LE RÉCIT POÉTIQUE DE LA MORT ET DES SÉPARATIONS














Marcel Duchamp: Jeune homme dans un train

Antoine Douaihy: ’Akhiru Al-’arâdî, riwâya (La fin des terres, roman), Dar al- Mourad- Ad dâr al ‘arabiyya lil ‘ouloum nachiroun, 2017, 191 pp. 


​        On sort toujours ravi d’une œuvre d’Antoine Douaihy, ravi et élevé; c’est un monde de pudeur, de hauteur, de gentillesse, de désintérêt, de pureté, d’harmonie, de beauté, de douceur. Le mal, l’irrecevable ne sont pas ignorés, ils sont signalés et élégamment écartés. Le beau et le bien, même assiégés  d’interrogations et d’incertitudes, sont conciliés. Menacées, défigurées, ignorées, la nature et la culture demeurent les points de repère du salut humain, à préserver et à affirmer. De l’écriture seule dépend la rédemption individuelle et le "livre absolu" est le but suprême.
​        Dans le plus récent de ses ouvrages, ’Akhiru Al-’arâdî, les fidélités de Douaihy trouvent un enjeu de taille : la mort. Elles gardent face à elle leur plénitude, parviennent à l’amadouer par le dessin même du récit, l’arabesque des histoires, l’élévation humaine et poétique. On n’est pas loin quant au contenu de La mort d’Ivan Ilitch de Tolstoï, de certaines œuvres de Jünger et de Gracq quant à la forme.
​        The Lady vanishes, a intitulé un de ses premiers films Alfred Hitchcock. Le point de départ ici est similaire. Pourquoi Clara qui vit avec le narrateur depuis 3 ans, a-t-elle disparu et ne s’est pas rendue à leur rendez vous habituel dans un salon de thé ? Elle a 22 ans et étudie l’histoire de l’art, il en a 30 et se spécialise en musique médiévale et comparée. Elle est française, n’a qu’une amie, vit loin de ses parents. Il vient du rivage oriental de la Méditerranée. Pourquoi, comment, où a-t-elle disparu ? L’enquête est une triple quête des raisons, des trajets, des territoires. Elle est prétexte à voyages, méditations, observations, souvenirs, rêves... L’aller retour hebdomadaire du narrateur en train de « la cité de la Seine » à La Fin-des-Terres, Soulac-sur-Mer (Médoc), villégiature où Clara a passé une partie de son enfance et dont elle disait qu’on l’y retrouverait si on la perdait un jour, est toujours vain mais constitue le vecteur majeur du récit.
​        En frayant le chemin de l’intérieur, des propos échangés, des souvenirs fragmentaires, la recherche se laisse envahir par la mort, ses « récits », ses « choses ». Non la mort de soi comme totalité, mais celle de l’autre devant soi, « scandaleuse », « terrible », « étrange » : « Comment celui qui voit l’instant de la mort peut-il rester lui-même ? » La mort saisie non dans ses dimensions métaphysique, religieuse, ou sa vérité essentielle, mais dans sa manifestation sensible, sa visibilité physique, son leurre. Nous sommes aux environs d’une phénoménologie poétique prospectant les divers modes d’apparaître d’un fait « irrationnel, non naturel » et surtout «irréel », car le disparu n’interrompt pas sa présence dans ce monde, mais la continue d’une manière autre.
​        Le narrateur, tout autant pénétré de « l’esprit de la terre » que de « l’élixir de l’éternité » reste central tout au long du livre avec ses méditations, ses hypothèses, ses illuminations (al-lahazâtt almoudâ’a)…Sa psychologie ne serait pas loin de la parapsychologie n’eût été les affinités, les liens « invisibles » présumés entre le poétique et le réel. Mais pour pénétrer le mystère de Clara ou le secret qui la porte, de multiples histoires viennent s’incruster dans le récit. Elles développent ce que Jean-Yves Tadié dans son Le Récit poétique (1978) appelle « un système d'échos, de reprises, de contrastes » de l’intrigue centrale: le scandale de la mort et la survie intramondaine. Ces histoires, cousues à la trame prééminente,  venues de régions et de moments divers dans la vie des personnages, nouent le narratif au poétique et au réflexif, multiplient la mort et ses  théâtres, attachent le lecteur et rendent captive sa lecture.
        La mort ne semble elle même que la manifestation particulière d'un effet plus vaste, la séparation: séparation de la patrie, de la mère, d'une nature originelle défigurée, trahison amoureuse conduisant à une mort ou née d'elle, repli des individus sur eux-mêmes suite à la décadence fatale de l'Occident, refus de se séparer de sa figure et de la voir enfermée dans un portrait, abandon collectif d'un legs culturel à portée de quelques pas et sis parmi les îlots de la vie active...Le temps lui-même est questionné, scindé en temps intérieur et extérieur, déplié dans ses secrets et surprises.
         Dans le récit poétique auquel appartient de plain pied cette riwâya, il est de coutume que le narrateur dévore ses personnages. On accorde donc à Antoine Douaihi de découper dans l’univers son aire propre, de la fonder essentiellement dans la culture historique et naturelle, de donner ses propres appellations à des lieux renommés. Je reste seulement gêné par deux choses: l’auteur qualifie trop son monde intérieur (« riche », « profond »...) alors que souvent il le déroule et aurait dû se contenter de l’offrir, laissant au lecteur la liberté d’apprécier et de  juger; le côté Prophète de Gibran que revêt le narrateur avec ses interlocuteurs qui ne font souvent que l’écouter d’une oreille docile et pieuse.

            Nous trouvons dans La Fin des terres un monde de rêves (au moins 4, développés et brutaux) inhabituel pour l'auteur. Il mérite par sa profusion un examen attentif  qui ne peut trouver ici sa place. Restons sur ces 2 figures de la séparation et de l'extrême présence que sont La Pietà vaticane de Michel Ange et L’extase de Sainte Thérèse du Bernin. "Laquelle des deux as-tu le plus aimé à Rome?" demande un homme étrange au narrateur. A nous peut être non d’attendre  la réponse, mais de l’élaborer. 

Tuesday, 25 July 2017

موسى وهبة وإحياء المأدبة الفلسفية







ُإدوارد هوبر:المنارة


 ما يليق قوله في موسى وهبة أنه أحيا المأدبة الفلسفية في أحلك أيام بيروت وأنه استمر بها إلى نهايته المبكرة والأليمة والجريئة، كريما في دعواته، موّسعا رقعتها، منوّعا أطباقها. دارت مأدبة أفلاطون كما نعلم حول الحب،  وبخلاف معظم كتاباته توالى فيها جميل الأراء دون التشابك في حوار أو الانصهار في وحدة. وجاء موسى يتمّم الحرص على الحب والتنوع والتفكير رافضا اليأس منشّطاالأمل. 
عرفتُ موسى في مطلع سبعينات القرن الماضي في البيت اللبناني في باريس. كان وقتُه كله مكرّسا لمهمات الالتزام الشيوعي من نشر قصاصات جرائد وتوزيع بيانات وإقامة ندوات إلى كسب رفاق جدد إلى القضية وتشكيل لوائح للهيئات النقابية الطالبية حتى بدا لي تفرغه للعمل السياسي عائقا مهما دون دراسته وأبحاثه. وما لفتني في سلوكه عندذاك نزعتُه الأبوية الجامعة، ومسعاه الدائم للاهتمام بالوافدين الجدد في معاناتهم اليومية وبحلّ الإشكالات بين الرفاق وبينهم وبين الطلاب الآخرين. جمع الثبات على العقيدة البولشفية إلى تفهّم إنساني عميق. وليلة اكتشفت صدفة حب موسى للحياة في مترو باريسي متأخر، بدا الأمر لي غريبا لما كنتُ أعرفه فيه من جدّية تُداني التقشّف. كنّا على طرفين سياسيين متباعدين ولو من لون واحد، لذا بقينا على "مسافة طيبة" يشوبها الحذر.
بعد ذلك التقينا، عند العودة إلى بيروت، في مقاهٍ وندوات ومناقشة أطروحات...أذكر أنه بين المرّات الأول كان اللقاء في الإكسبرس (الحمرا)،وكان موسى نشر مقالا تميّز بالرفض والرغبة والغموض، وبدا مقاله قطيعةً مع ما سبق من أرائه مع مسعى لإعادة تكوينها،  وإدخالا لتيارات حديثة (فرويدية، نيتشوية،لاكانية، دولوزية...)إلى صميم المُعاش وتأويله، ونقد جذري معلن وغير معلن للميليشوية السائدة والمقيتة.
إرتبط اسم موسى وهبة بترجمة نقد العقل المحض لكنط وآمل أن يسجل التاريخ ما لهذه الترجمة من وقع في الوسط التعليمي ومن دور في إحياء الفلسفة، وذلك بصرف النظر عن خياراتها التفصيلية القابلة للتبرير وللمناقشة والرفض. أعطى موسى كنط أهميته المحورية في تاريخ الفكر الغربي، وجعل من التفلسف بالعربية اعتمادا على مفاهيم الحداثة، وبدون المرور بالتيارات الدينية وبالفلسفة العربية الوسيطة على أهمية الكندي والفارابي وابن رشد وغيرهم، مهمة قابلة للتنفيذ هنا والآن. ما جذب موسى في كنط، وما شكّل ويشكل درسا استفاد منه طلاب موسى وزملاؤه ومحاوروه، هو بالضبط ما أعابه عليه نيتشه عندما أطلق على كنط اسم "إسكافي الفلسفة" أي العامل الحرفي الحريص على كل تفصيل، الملمّ بدقائق الأمور. الفلسفة حرفة صارمة، وهذا ما لا يتعلمه المريد إلا عبر المرور بالنقد الكنطي، وهذا ما أخذه طلاب موسى عنه فكان للمأدبة هيكلها وقوامها. وما وجده موسى في كنط، ضد هيغل وماركس وآخرين، هو إبراز الثنائيات وبلورة المفارقات وكشف الإلتباسات، فكان للمأدبة بهجتها ودوامها. لا أدخل هنا في قلب المسائل، أكتفي بالبعدين التعليمين: موسى وهبةكمربٍ!

وكأس مُترَعة لمأدبة لن تنتهي!        
                


فتى الإيمانين والرجاء الواحد: فيليب سالم





تقرأ فيليب سالم على صفحة النهار الأولى - واليوم مجموعاً في كتاب -  وتسمعه على مرّ السنوات وفي المناسبات كافة، في الانتصارات والهزائم، والأفراح والأتراح، فتأخذك فتوته وعنفوانها. لا يستكين، لا يهدأ، لا يملّ، لا يستسلم، لا يفقد القدرة في الدفاع والهجوم. يُشفي ولا يَشفى. متوثبٌ للإلمام بالجديد وللتحكّم بما طرأ ولمراجعة ما حصل طلباً لإدراك الفائدة منه والأذى فيه. لكنه ثابت على الإيمان أو قلّ على إيمانين اثنين: لبنان والمعرفة، يوآلف بينهما، يكاد أن يماهيما، لكنه لا يضيع[1]. فهو فتى[2] الثوابت وهو فتى التقدم غير الآبه بالسكون والرّضا. علّمه الطبُّ، مداواةً وبحثاً، ما العلمُ ولم ينسِه ما الوطن. كثرت المشاغل والهموم وبقيت وتيرة الشغف على ازدياد.
          بأي لبنان يؤمن؟ يبدأ بالضيعة والألفة والأهل ، بالشجر والتراب والضياء، ويسافر بالحكايات والأغنية والحنين إلى الحواضر والمهاجر، ويتعارك في كل آن  مع آلامه وأمراضه ولعناته،ما استُقدم منها وجاء من "لعبة الأمم" وما توّلد من ذاته ورسخ فيه. لبنان جوهر عالق في شوائبَ تلازمه، تتسلل إلى لبّه، تقبع في داخله. ولا يكون خلاصه إلا بالرؤية النيّرة والجهد الدؤوب واستجماع الإمكانات المتاحة وحسن استخدامها. "التعامل مع العالم بواقعية وذكاء وجرأة. هذا هو التحدّي التاريخي لإنقاذِك..."
          ما يميّز لبنان، ما يرسمه على خريطة العالم وشرق المتوسط بالأخص، ما يجعله أهلاً لكل حرب تخاض باسمه وفي سبيله هو تلك الحرية التي عاشها وصنعته والتي حافظت عليه وحافظ على نبضها في أحلك الظروف وأقسى المآسي وأسفل الدركات. الحرية غاية ووسيلة، وما تتيحه وترنو إليه هو الإبداع. وليس لبنان ذاته إلا حراً مبدعاً. هذه عبرة كِبارِه، وهذا ما وجده فيليب سالم عند جبران خليل جبران الأديب وشارل مالك الفيلسوف ومايكل دبغي الطبيب الجرّاح  وهذا ما استخلصه من الأعلام والأصدقاء وأراد أن يكون له وفياً كل الوفاء.
           ما يميّز المعرفة هو السبيل والمآل، هو المسعى الشاق للولوج إلى جواهر الأشياء وحلّ ألغازها. وما تولدّه هذه "الثقافة"[3]، هو الوحدة والانعتاق، هو الخروج من المِلَل والنِحَل المفتّتة للكيان الإنساني  والتحرر من الأوهام لرؤية الواقع رؤيةً صحيحةً صائبةً مفيدةً لخير البشر وحياة الأرض. العصبيّات الاجتماعية والفكرية، يجدها الأفراد والمجموعات في محيطهم  فيأنسون بها بحكم الفطرة والعادة، يستسلمون لها ويتحمّسون. يكرهون ويقتلون لأجلها. أمّا طريق العلم فغير معبّدة و شاقة وغير مضمونة النتائج. لذلك تحفّز الهممَ وتظهرأفضل ما في البشر وتولّد المحبة في الانسان. "الحب هو القوة التي تحوّل العملَ من شيء تقوم به ويبقى خارجك إلى شيء تقوم به ويصبح أنت". مقنِعٌ فيليب سالم في توجهه إلى أجيال الخريجين، إلى الشابات والشباب، لأنه يكلّمهم على أشياء عرفها وخبرها، وما زال يكابدها في مختبرات الطب والحياة؛ لأنه يوآلف في كلامه بين الحس الشعبي السليم والتطلع الأخلاقي المترفّع والشعائر الدينية المتسامية ومكتسبات الفلسفة، قديمُها المثمّنُ للسعادة وحديثُها المؤكِدّ على الواجب وعلى كلية الإنسان أينما حلّ وكان. وكل ذلك في صياغات بسيطة تستعير من صور الصلاة وتعابيرها وتصوراتها الألقَ والجمالَ ودفء التراث ورسوخه. " إنه كلما غُصتَ في المعرفة كلما اقتربتَ من الله، وكلما اقتربتَ من أخيك الانسان".


  *    *      *
          "جنون محبة"، هذا ما يصف به كاتبُنا تعلّقَه بلبنان وشغفه به. لكن ما يبدو لناظره عاطفةً جامحةً يُترجم في المقالات والخطب إلى لغة العقل، فنقع على وطن يسعى عاشقُه إلى لملمة ما يميّزه بل أفضل ما يميّزه ويحوّله إلى رؤية متماسكة متكاملة متسامية. ينهل فيليب سالم من ميشال شيحا، من شارل مالك، من كثيرين غيرهم أرادوا بناء الوطن الصغير على قاعدة فكرية تاريخية قانونية صلبة و يستنجد بيوحنا بولس الثاني ومحمد خاتمي ليؤكد على الرسالتين: "الرسالة" والدفاع عنها. ينتقل من عبارة "رسالة لبنان" إلى عبارة "معنى لبنان" الأكثر حداثة وحيادية والأقل التصاقا بأيديولوجية سادت قبل الحرب وظلّت موضوع أخذٍ وردّ. لكنه يبقى مدهشاً في قوة تصوره وعمق رؤياه وشمول عناصره وموضوعية نظرته وتنزّهها عن إيدولوجيات المكوّنات الطائفية.
 لن أختصر هنا ما سبكه المؤلف بإيجاز واناقة يصعب مجاراتهما، ف"المداميك" هنا بوضوحها وإشراقها تكون بالعيش المشترك والحرية  والديموقراطية و"العالمية" (أي تلاقي ثقافات العالم كلها في المساحة الصغيرة).
          يأخذك كلام فيليب سالم لأن صاحبه ملتزمٌ متنوّرٌ من خارج ميدان السياسة والصحافة والعلوم الإنسانية، ولأنه على الرغم من إقامته في الخارج ، متردداً على لبنان،  يعيش محنَ بلاده في كل آن لا بل في كل تفصيل، متابعاً مجريات العالم  والسياسة الأميريكية بدقة.
يأخذك كلامه لأنه  لا يمتّ بصلة إلى السجالات الطائفية اللبنانية ولغتها البشعة وطموحاتها الدنيئة ، ولأنه لا يتراجع عن  الثوابت الوطنية بل يؤكدها باستمرار.
 يأخذك لأنه مسبوك بروح العصر غير صادر من كهف أو من خارج الزمان، بل موقعٌ على إيقاع صديق العمر غسان تويني. يتعلم منه ويتحاورمعه في مسرحه الداخلي، مؤيداً أو معارضاً، ساعياً إلى الأهداف ذاتها.
يأخذك لأنه في كشفه  عن مزايا لبنان لا يسكت عن الهنات والسقطات ولا يتأقلم مع السائد من الأوضاع مسمّيا الذل والقهر والخنوع باسمائها داعياً إلى مواجهة الإرهاب و"التنين" يومَ كانت الجمهورية في القعر.  "هذا الإرهاب هو فرضُ الفكرِ الواحدِ، فكر الحاكم الواحد، على المحكومين جميعاً...فإما الطاعة وإما السجن."[4] ولأنه لا يتمسّك بالرموز حين تخفى الوقائع[5]، ولا يكتفي بالقليل المتيسر بل يطلب ، على سبيل المثال ، رئيساً للجمهورية " بحجم مانديلا وحجم لبنان." [6]  
 يأخذك لأن كلامه عقلاني في صميمه يدعو إلى الحوار ويقبله، ويدرك ما للعقلانية من متطلبات. ف"العقلانية الأداتية"Zweckrationalität, rationnalité instrumentale، كما يسمّيها ماكس فيبر، تستلزم الوسائل الصالحة لبلوغ الغاية المنشودة. والأمر في السياسة حاسم. لا يكون إصلاحُ لبنان وخروجُه من مستنقعات التبعية والفساد والطائفية...إلا بسيادته على ذاته: "اللبنانيون يعرفون جيدا أن الحاكم، إن لم يكن سيّد القرارلا يكون سيد نفسه ولا سيّد الأرض"[7]. ولا يكون إلا بضبط السلاح وإخضاعه لقرار الشرعية وصولا إلى "حصرية السلاح في يد الدولة وحدها"[8]  . وكذلك لا يكون إلا بفصل الدين عن الدولة وبناء "الدولة المدنية"[9]. ولا يكون في نهاية المطاف إلا بأفضل العلاقات مع الدول العربية المجاورة، وبالخروج من المحاور الإقليمية والدولية المصادِرة لإرادتنا المستنزِفة لطاقاتنا،  وبتحيّن الفرص السانحة للاستفادة من أي مستجدّ  وترقّب الأمور بالجدية اللازمة والسرعة المطلوبة والاعتماد الدائم على الشرعية الدولية.
يأخذك الكلام لأنه، في تشديده على "نهائية" لبنان وطناً "لجميع أبنائه" كما ورد في اتفاقية الطائف ومقدمة الدستور، وعلى استقلاله ورفض ذوبانه في كيان آخر وفقدان هويته وتميّزه،  لا يأنس عبارة "الوجه العربي" ويؤكد  "أن لبنان بلدٌ عربي من رأسه إلى أخمص قدميه". وتُظهر الصفحات المخصصة للعرب، في أميركا وفي ديارهم، مدى تبنّي فيليب سالم لقضاياهم واحتضانِه لانتفاضاتهم وثوراتهم ودفاعِه عنهم. وما محاسبته القاسية لهم أحيانا إلا من باب الحرصِ على مصالحهم ومشاركتِهم تطلّعاتهم والآمال. ومقالته عن "راهب العروبة" الصديق كلوفيس مقصود خير شاهد على عروبة عميقة في اللبنانية العتيقة.

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          تقرأ كتاب فيليب سالم رسالة لبنان ومعناه،فتخالفه في عبارات قليلة مثل "انصهار"[10] التي تغّلب النارَ والمعدن. ولا تتذمر من بعض التكرار لأنه تأكيد على الثوابت، ومسعى محمود لتنويع الصياغات على مدى الأعوام واختلاف الظروف. تجد نفسك أمام كتاب تاريخ يعيدك إلى عقودٍ مرّت وفرصٍ فاتت وأحلامٍ لم تتحقق ومهامّ لم تنجز. لكنه يبقى أولا وأخيرا كتاب الأمل المضيء، كتاب السبل المؤدية إلى بلوغ السيادة والإصلاح والمعرفة والسمو بالذات. ويسرّك أن خواتمه تتوجه إلى الشباب والخريجين لاستخلاص الدروس واستنهاض الطاقات والإشارة إلى أدب الحياة بل إلى آدابها. وهو بهذا كتاب تربية وطنية وأممية.
          كذلك فإن هذا الكتاب هو كتاب الوفاء، الوفاء لرفاق الدرب والأصدقاء الذين رحلوا وبقيت أرواحهم حاضرة.
          مقالات فيليب سالم وخُطبه كتاب الرجاء الواحد: الإنسان المتصالح مع أخيه وذاته والمتمتّع بحقوقه كلها  وعلى رأسها الحق في الصحة والحق في الحرية والحق في الابداع.

زحلة في 8 حزيران 2016



[1]  عن فيليب سالم راجع مهى سمارة: فيليب سالم الثّائر والعالم والإنساني، دار النهار-دار الساقي، بيروت 2013 وفيليب سالم بأقلامهم، إعداد أسعد الخوري، بيروت، 2014. 
[2]  قال القتيبي: ليس الفَتى بمعنى الشابّ والحَدَث إنما هو بمعنى الكامل الجَزْل من الرجال. ورَجُل جَزْل: ثَقِفٌ عاقل أَصيل الرَّأْي. الجوهري:الفَتى السخيّ الكريم. (عن لسان العرب).
[3]  العبارة لفيليب سالم التي يميّز بين "ثقافة المعرفة"  و"ثقافة التطرف الديني والأيديولوجي".
[4]  المؤتمر والتنين (18-10-2002).
[5]  تعالوا نعلنه يوم حداد [عيد الاستقلال] (24-11-2003).

[6]  افتتاحية 20/3/2014.
[7] لبنان الرسالة وماذا تبقى من الرسالة؟ (24-7-2001)

[8]  الإستراتيجية الدفاعية هي استراتيجية الدفاع عن السلام  (15-4-2010)
[9] الإرشاد الرسولي و"المسألة المشرقية"  (16-9-2012)
[10]  في دعوته إلى المواطنة اللبنانية غير الطائفية.